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Revue de Presse | |
Octobre 98 - Québec Science - Montignac, ça fonctionne. [ Texte ] Octobre 98 - Québec Science - Montignac répond. [ Texte ] Son régime réussit mais pas nécessairement pour les raisons qu'il avance. par Catherine Dubé Que l'on connaisse ou non sa méthode, nous avons tous entendu parler de Michel Montignac. En appliquant les principes décrits dans son best-seller, «Je mange donc je maigris !», des milliers de gens ont perdu du poids et, surtout, ne l'ont pas repris par la suite. C'est en soi, un exploit digne de mention dans le monde de la diététique! Comme si ce n'était pas suffisant, les adeptes peuvent manger tant qu'ils le désirent, sans avoir à peser les portions, compter les calories ou couper les matières grasses. Jean Dumesnil, cardiologue à l'hôpital Laval, à Québec, s'est intérressé à la méthode du célèbre Français parce qu'il avait lui-même du poids à perdre. Vingt et un kilos en moins plus tard, Jean Dumesnil a bien été obligé de se rendre à l'évidence : la méthode est efficace. Pour un médecin qui passe son temps à mettre des patients cardiaques au régime, il s'agissait d'une très bonne nouvelle ! À force d'en discuter avec d'autres spécialistes, le docteur Dumesnil a constitué une équipe dont l'objectif était d'amener un début de réponse à la grande question : pourquoi au juste cette méthode fonctionne-t-elle ? Les chercheurs disposaient de quelques pistes. En effet, sans être un chercheur lui-même- la seule science qu'il ait étudié est la science politique!-, Montignac s'appuie sur une argumentation scientifique pour présenter les principes de sa méthode. Précisons d'abord que, s'il est vrai que l'on peut manger à satiété avec le régime Montignac, on ne peut toutefois pas manger n'importe quoi. Michel Montignac condamne irrémédiablement le sucre et tout ce qui en contient, de même que les aliments à base de farines raffinées. C'est donc dire que le pain blanc, le riz blanc, les Spécial K et autres céréales du même acabit en prennent pour leur rhume. Autres aliments honnis qui, pour notre plus grand malheur, trônent sur les tables québécoises depuis belle lurette : les pommes de terre et le maïs. Ce choix n'est pas gratuit : tous ces aliments présentent un index glycémique élevé, c'est-à-dire que leur ingestion fait augmenter de façon importante la quantité de glucose dans le sang. Pour assimiler ce glucose, l'organisme commande au pancréas de sécréter de l'insuline. Cette hormone a en effet le pouvoir de faciliter l'entrée du glucose dans les cellules, où il est converti en énergie. Lorsque le pancréas est en bonne santé, la quantité d'insuline sécrétée correspond exactement à la quantité nécessaire pour faire redescendre le glucose présent dans le sang à un taux normal. Mais, selon Michel Montignac, si le pancréas a été sollicité à l'excès pendant longtemps par une alimentation trop sucrée (ce qui est, croit-il, le cas de la majorité d'entre nous), il a tendance à sécréter beaucoup plus d'insuline que nécessaire. Si nous n'avons mangé que des glucides, pas de problème : la quantité d'insuline produite diminue à mesure que le taux de sucre dans le sang baisse. Mais si nous avons ingéré des lipides, l'insuline résiduelle continue son travail et cause le stockage des acides gras présents dans le sang en graisses de réserve. Selon Michel Montignac, c'est pour cette raison que l'on grossit. Et sa théorie n'est pas farfelue : l'insuline a en effet la propriété de stimuler une enzyme présente à la surface des cellules adipeuses, la lipoprotéine lipase (LPL), qui migre alors vers les capillaires. Dans le sang, la LPL dégrade les triglycérides (le gras obtenu de l'alimentation) en glycérol et en acides gras. Une autre enzyme se charge de diriger les acides gras vers les tissus adipeux, où ils sont stockés. Les nutritionnistes savent aussi qu'une fois nos stocks de glycogène refaits (sucres de réserve des muscles et carburant du cerveau), le glucose supplémentaire se transforme en graisses de réserve. Or, en se nourrissant d'aliment à index glycémique élevé, l'apport en glucose dépasserait presque toujours nos besoins. La solution que Montignac propose ? Bannir les «mauvais glucides», c'est-à-dire ceux à index glycémique élevé (sucre et farine raffinée), et éviter le plus possible de manger des lipides en même temps que des glucides (même les «bons»), si on veut vraiment maigrir et s'assurer de ne pas fabriquer de graisses de réserve. Ces principes, Michel Montignac en fait des règles de vie. «On ne grossit pas parce que l'on mange trop mais parce qu'on mange mal», écrit-il dans : «Je mange donc je maigris !». Après l'amaigrissement, il n'est donc pas question de retomber dans ses vieilles habitudes. Montignac permet toutefois un "écart" de temps en temps, en autant que l'on soit capable de le "gérer" en respectant les règles pendant le reste du repas. Il insiste d'ailleurs sur ce point : la méthode Montignac n'est pas un régime, c'est un «recentrage des habitudes alimentaires», qui demande de se défaire des idées reçues, nottemment celle qui prône le régime hypocalorique pour maigrir. Selon lui, il est naïf de croire qu'un simple équilibre mathématique entre les calories ingérées et celles qui sont dépensées garantisse un point stable. Présentés ainsi, les principes de la méthode sont cohérents. Pourtant, le doute subsistait chez quelques collèges du docteur Dumesnil. L'un deux, Angelo Tremblay, professeur au département de médecine sociale et préventive de l'Université Laval, s'est demandé s'il était possible que l'on mange moins quand on suivait la méthode Montignac. C'est principalement pour vérifier cette hypothèse qu'ils ont entrepris l'expérience, menée conjointement avec des professionnels de la santé en milieux universitaire et hospitalier. Les chercheurs ont soumis 12 volontaires obèses ou avec un fort embonpoint à 3 régimes alimentaire différents, d'une durée de 6 jours chacun. Sur une aussi courte période, le but visé n'était pas de faire maigrir les volontaires, mais plutôt de comparer une méthode comme celle de Michel Montignac et un régime plus traditionnel, en analysant l'apport calorique, la composition en macro-nutriments des aliements et la satiété. Bref, de qualifier et quantifier ce qui serait mangé. Durant la première session, les volontaires pouvaient manger sans restriction de quantité, sauf pour les matières grasses (lipides), qui ne devaient pas dépasser 30% de l'apport alimentaire (cela correspond aux recommandations du Guide alimentaire canadien). Pour s'assurer que cette condition soit remplie, les chercheurs ont préparé des mets comprenant tous 30% de matières grasses ; de cette façon, la proportion était respectée peu importe la quantité de nourriture avalée. Les volontaires venaient manger à l'hôpital, et on pesait et notait tout ce qui leur était présenté. C'est en pesant les restes et en faisant la différence avec les quantités de départ que l'on évaluait le nombre de calories ingérées par chaque personne ainsi que la proportion de protéines et de glucides de leurs repas. La deuxième semaine, les participants suivaient la méthode Montignac. Ils pouvaient donc encore une fois manger à sa satiété, en évitant toutefois les aliments défendus. Comme pour la première session, les chercheurs calculaient a posteriori les macro-nutriments et les calories consommées durant les repas. Durant la troisième session, les 12 hommes devaient manger la quantité de calories ingurgitées pendant la semaine Montignac, mais en suivant la composition en nutriment de la première session. En calculant les données des deux premières semaines, les chercheurs ont fait toute une découverte : durant la session Montignac, les volontaires avaient consommé 25% de calories en moins par rapport à la première semaine, sans s'être préoccupés des quantités. Ils étaient ainsi passés d'une moyenne quotidienne de 2 800 calories pendant la première semaine à environ 2 100 calories durant la semaine Montignac. Dur coup pour Montignac qui s'applique à démolir systématiquement la théorie des calories dans son livre ! Les chercheurs n'étaient pas au bout de leur surprise. Tout au long des trois sessions, ils ont demandé aux volontaires de remplir des questionnaires standardisés pour évaluer la sensation de faim et de sa satisfaction avant et après chacun des repas. Alors que, durant les deux premières semaines, tous les volontaires s'étaient déclarées rassasiés après les repas, à la troisième semaine, tous avaient encore faim en terminant leur assiette, et ce, même s'ils mangeaient exactement le même nombre de calories que durant la deuxième session. «Certains voulaient même lâcher tellement ils n'en pouvaient plus», raconte Jean Dumesnil. En analysant la proportion des nutriments ingérés, les chercheurs se sont rendu compte que durant la semaine Montignac, les participants avaient mangé une fois et demi plus de protéines que durant les premières semaines et moitié moins de glucides. C'est donc dire que la nature des aliments proposés par Montignac permettrait de manger moins tout en ne ressentant pas la faim. Selon Angelo Tremblay, les protéines sont les grandes responsables. Quelques études ont effectivement rapporté que les protéines auraient un effet plus rassasiant que les glucides et les lipides, bien qu'on ne puisse pas encore expliquer pourquoi. Quant aux fibres, il est bien connu que leur expansion dans le système digestif entraîne une sensation de satiété. La seconde hypothèse qui permettrait d'expliquer pourquoi on n'a pas faim entre les repas avec la méthode Montignac, c'est que l'on ne fait plus d'hypoglycémie réactionnelle, une baisse de sucre dans le sang causée par une trop grande sécrétion d'insuline à la suite d'un repas riche en mauvais glucides. Bien des questions restent en suspens. La première étant de savoir si l'amaigrissement que procure la méthode est dû uniquement à la diminution de calories ou s'il est causé également par l'arrêt du stockage des graisses par l'insuline, comme le croit Montignac. «Nous savons que la lipoprotéine lipase (LPL) aide au stockage des graisses, explique Sylvie St-Pierre, une nutritionniste de l'Université Laval qui a participé à l'élaboration de l'expérimentation. Nous savons également que l'insuline stimule la LPL. Mais ce qu'il faut déterminer, c'est si les aliments à index glycémique élevé peuvent être la cause directe de sécrétions d'insuline assez importantes pour entraîner le stockage de graisses.» Jean-Després, professeur au département des sciences des aliments et de la nutrition et l'un des instigateurs du projet, de même qu'Angelo Tremblay sont convaincus que c'est la quantité moindre de calories qui explique l'amaigrissement. «C'est la loi de Lavoisier, affirme Jean-Pierre Després. Rien ne se perd, rien ne se crée ! La cause de l'obésité, ce n'est pas uniquement l'alimentation, c'est surtout la sédentarité.» Selon lui, une alimentation hyperinsulinisme qui conduira même éventuellement au diabète, mais il est extrêmement important de considérer l'obésité globalement, et pas seulement en adoptant le point de vue du régime alimentaire. L'expérience a en tout cas permis de comprendre pourquoi la méthode Montignac fonctionne à long terme : les gens qui l'adoptent consomment moins de calories pour le restant de leur vie, sans en ressentir d'inconvénients. Le danger de reprendre des kilos en se remettant à manger comme avant est écarté puisqu'ils ne ressentent pas le besoin de retourner à leurs anciennes habitudes. L'équipe de médecins et de nutritionnistes ne compte pas s'arrêter là. Plusieurs concepts évoqués par Michel Montignac, valent la peine d'être étudiés, surtout qu'il n'existe pas d'autres études sur la méthode, pas plus que de statistiques sur son taux de réussite. Des aspects comme l'hypercholestérolémie et la diminution des facteurs de risque liés aux maladies coronariennes sont également abordés dans les ouvrages de Montignac et méritaient qu'on s'y attarde, croit le docteur Dumesnil. Pour l'instant, les chercheurs sont cependant certains d'une chose à propos de Montignac c'est qu'il n'a pas fini de faire parler de lui ! Qu'est ce que l'index glycémique? L'index glycémique d'un aliment renseigne sur l'augmentation de glucose que cet aliment induit dans le sang. Les différentes molécules de glucides n'ont pas le même pouvoir sur la glycémie, c'est-à-dire la quantité de glucose dans le sang. À jeun, le taux de glycémie est habituellement de 1 g de glucose par litre de sang. Le fructose contenu dans un fruit fera monter la glycémie jusqu'à 1,20 g/l, tandis que le saccharose contenu dans un bonbon le fera monter jusqu'à un pic de 1,80 g/l. À mesure que l'insuline élimine le sucre dans le sang, la glycémie retrouve son taux normal. Pour calculer l'index glycémique d'un aliment, on trace un graphique de la quantité de glucose dans le sang en fonction du temps, après son ingestion. On calcule ensuite la surface située sous la courbe obtenue et on divise par la valeur de référence, soit la surface située sous la courbe de glycémie induite par le glucose. On multiplie ensuite par 100, l'index glycémique donné arbitrairement au glucose. Ainsi calculé, l'index glycémique des pois chiches est de 30 et celui d'une pomme de terre au four est de 95. Pourquoi l'index glycémique du blé raffiné est-il plus élevé que l'index glycémique du blé entier ? Le blé entier contient davantage de fibres, qui agissent un peu comme une barrière : le glucose est libéré moins vite dans le sang et en moins grandes quantités, ce qui fait moins augmenter la glycémie. Bien que de plus en plus répandue, l'utilisation des index glycémique n'est pas acceptée d'emblée par tous les nutritionnistes. «On ignore notamment ce qui se passe lorsque l'on mange en même temps des aliments à index glycémique élevé et d'autres à index glycémique bas» - explique la nutritionniste Sylvie St-Pierre. |
Michel Montignac a suivi avec intérêt l'étude menée par l'équipe de chercheurs de Québec, dont les résultats ont été dévoilés lors du dernier congrès international sur l'obésité. Il nous livre ici ses commentaires. Québec science : Comme le montre l'étude des chercheurs de Québec, la quantité de calories absorbées lorsqu'on suit la méthode Montignac est plus basse que lorsque l'on mange "normalement". Cela vous surprend-il ? Michel Montignac : L'équipe des docteurs Tremblay, Dumesnil et Després a probablement raison de dire que c'est l'apport moins élevé en calorie qui permet de ne pas reprendre de poids. Mais, selon moi, le problème des calories n'a pas vraiment d'importance. Q.S. : Mais la quantité de calorie doit quand même avoir un certain effet puisque la plupart des gens grossissent lorsqu'ils mangent trop... M.M. : Oui, bien sûr, mais la théorie des calories qui dit qu'il doit y avoir un équilibre entre l'apport énergétique et les dépenses n'est pas totalement vraie. C'est une erreur de croire que toutes les calories qui entrent dans le corps sont soit immédiatement utilisées comme source d'énergie, soit stockées en réserve. Le corps est très complexe. En comptant simplement les calories, on ne tient pas compte d'une foule de facteurs importants, comme l'influence des hormones, les particularités individuelles et le moment de la journée où l'on mange. Notre métabolisme ne fonctionne pas de la même façon à toute heure du jour. De plus, le corps s'adapte à l'énergie qui lui est fournie en modifiant son métabolisme. Ce n'est donc pas parce que l'on consomme moins de calories que l'on maigrit. Pour perdre du poids de cette façon, il faut vraiment diminuer sa consommation de calories sous la normale. Or, 2 000 calories par jour, comme avec ma méthode, c'est somme toute encore normal. Par contre, ce qui est bien lorsqu'on mange Montignac, c'est qu'il est impossible de trop manger, parce que l'on atteint la satiété avant. Le niveau de satiété, c'est cela qui est important. Et l'avantage avec la méthode Montignac, c'est qu'on arrive plus vite à réplétion. Avec une alimentation hyperglycémiante contenant du pain blanc, du riz blanc et du cola, on atteint moins vite la satiété parce qu'elle contient moins de protéines et moins de fibres. En plus, avec une telle alimentation, on fait davantage d'hypoglycémie réactionnelle, ce qui aggrave encore plus la faim. Les protéines, elles, présentent un double avantage : en plus de nous permettre d'arriver à satiété plus rapidement, leur digestion demande plus d'énergie que celles des glucides et des lipides, ce qui peut contribuer indirectement à l'amaigrissement. Q.S. : Comment avez-vous mis au point cette méthode ? M.M. : il y a une vingtaine d'années, je me suis intéressé à la recherche en nutrition parce que j'avais moi-même du poids à perdre. Quelques chercheurs avaient montré que des diabétiques qui mangeaient des aliments à index glycémique bas amélioraient leur sort et perdaient du poids. En 1979, B. Jean Renaud a prouvé un lien entre l'hyperinsuline (une trop grande sécrétion d'insuline) et l'obésité. Seulement, il croyait que l'hyperinsulinisme était une conséquence de l'obésité. Selon moi, c'était une erreur : je crois plutôt que c'est l'hyperinsulinisme qui est la cause de l'obésité. En 1981, j'ai fait un régime en évitant les aliments à index glycémique élevé et j'ai perdu 16 kilos. C'est le fondement de la méthode : privilégier les aliments à index glycémique bas. De cette façon, on n'induit plus dans notre sang une hyperglycémie contrebalancé par l'hyperinsulinisme. Il y a 20 ans, ce que j'avançais n'était pas totalement prouvé. Mais mon hypothèse a tenu la route, et plusieurs études confirmant ce que je pense se sont ajoutées. On me traîne dans la boue depuis la parution de mon premier livre, il y a 10 ans, mais je prédis que d'ici 2 ans mon hypothèse sera définitivement confirmée. Ce sera une bombe qui révolutionnera la façon de concevoir l'alimentation. Je crois vraiment que l'hyperinsulinisme est la cause de l'obésité et, en fait, cela me surprend que des chercheurs ne l'aient pas encore affirmé avec tout ce qui a été trouvé en ce sens. Une autre étude sur la méthode Montignac est en cours actuellement à Mayence, en Allemagne. Un chercheur a soumis, pour une durée de huit semaines, deux groupes de gens à deux régimes semblables en tous points, sauf en ce qui concerne la nature des glucides. Les deux groupes mangent exactement la même quantité de calories, les mêmes proportions de nutriments, excepté que le premier groupe mange des aliments à index glycémique bas. Nous verrons ainsi de façon très précise l'influence des alimentsà index glycémique élevé sur le poids. |
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